Quand l’émotion devient une arme de fraude
MARC LAROUCHE
Un citoyen de La Pocatière — qui désire demeurer anonyme — a été la cible d’une tentative d’extorsion par courriel. Il a voulu raconter comment les fraudeurs -manipulent leurs victimes, afin de prévenir que d’autres se fassent arnaquer. Son témoignage survient en plein mois de la prévention de la fraude au Canada.
En décembre, celui que nous appellerons Pierre a commencé à recevoir une série de courriels inquiétants. Les messages provenaient apparemment d’une femme qu’il connaissait, et qui affirmait être atteinte d’un cancer en phase terminale. Les échanges sont rapidement devenus de plus en plus pressants. Derrière cette histoire dramatique se cachait en réalité une fraude bien orchestrée.
Tout commence lorsqu’il consulte une adresse courriel qu’il utilise rarement. « Quand je suis allé voir mes messages, il y en avait trois ou quatre qui semblaient urgents », explique-t-il. L’expéditrice lui est familière. « C’est quelqu’un que je connais. On se parlait à l’occasion lors d’activités sociales, mais ce n’était pas une amie proche. »
Les messages prennent rapidement un ton alarmant. La femme affirme être hospitalisée dans une clinique privée, et incapable de communiquer autrement que par sa tablette. « Elle me disait qu’elle était en train de mourir d’un cancer, qu’elle était suivie par des oncologues, et qu’elle avait besoin de me parler de choses très confidentielles », raconte Pierre.
Le fraudeur insiste également sur la discrétion. « On me demandait de n’en parler à personne, que c’était très délicat, dit-il. C’est là qu’on voit la manipulation -psychologique. On crée un sentiment d’urgence, et on joue beaucoup sur l’émotion. »
Troublé par la situation, il décide de téléphoner directement chez la personne concernée. Il apprend alors qu’elle est en parfaite santé. « Son mari m’a répondu, et il m’a dit que je n’étais pas le seul à avoir reçu ces messages », explique-t-il.
À partir de ce moment, il comprend qu’il s’agit d’une arnaque, mais continue à suivre l’évolution des courriels pour observer la stratégie utilisée. « Les messages deviennent de plus en plus dramatiques. On me disait : “Ton silence m’étonne et me fait peur”. »
Demande d’argent
La fraude franchit ensuite une nouvelle étape lorsque vient la demande d’argent. Le fraudeur lui suggère d’acheter plusieurs cartes-cadeaux dans des commerces de la région, et de lui transmettre les informations.
Pierre n’a jamais envoyé d’argent. Il a plutôt conservé l’ensemble des courriels datés de décembre jusqu’à aujourd’hui. Selon lui, l’exemple concret est -souvent plus parlant que les avertissements -généraux. « On entend dire qu’il y a des arnaques, mais on ne voit jamais exactement comment elles se présentent. Là, on peut suivre toute la progression : le premier message, la maladie, l’urgence, puis la demande d’argent. »
Il a signalé la situation aux policiers, qui l’ont dirigé vers les ressources fédérales pour les signalements de fraude. Entre-temps, les messages continuent d’arriver. Son principal conseil demeure simple : vérifier immédiatement lorsque quelqu’un demande de l’aide de façon inhabituelle. « Si vous recevez un message dramatique comme ça, même si vous semblez connaître la personne, prenez le téléphone et appelez-la directement. -Souvent, vous allez découvrir que c’est complètement faux. »
Pour Pierre, partager son expérience peut éviter à d’autres de tomber dans le piège. « Quand on lit ces messages, ça joue sur les émotions. On se dit : si c’est vrai, il faut agir vite. C’est exactement ce que les fraudeurs veulent. »
La personne qui vous écrit sur Internet n’est peut-être pas celle que vous croyez, et ses intentions peuvent être malveillantes. Photo : Glenn Carstens-Peters, Unsplash
Connaissez-vous ces fraudes ?
De nombreux fraudeurs s’activent à personnifier un conseiller, un enquêteur, un membre de votre famille ou un représentant du gouvernement. Cela afin de vous manipuler, et de vous amener à divulguer vos renseignements personnels ou bancaires. De plus, ils ont recours à des logiciels ou à des applications informatiques pour vous tromper, notamment en modifiant le numéro apparaissant à votre afficheur. Faisons le point quant à ces arnaques, ainsi qu’aux bons réflexes à adopter pour s’en prémunir.
Arnaque du faux conseiller financier
Votre institution financière vous informe d’activités frauduleuses sur votre compte ? Votre carte de crédit a été clonée ? Vous devez fournir vos renseignements personnels et bancaires au téléphone ? Méfiez-vous, refusez. Les fraudeurs peuvent commencer leur appel en vous demandant de confirmer votre identité à l’aide des renseignements déjà à leur disposition. Leur but ? Vous mettre en confiance !
On invoque la pandémie pour vous demander d’insérer vos cartes de paiement et vos mots de passe dans une enveloppe afin qu’un conseiller vienne les récupérer à votre domicile ? Refusez, raccrochez, c’est de la fraude.
Arnaque de l’Agence du revenu du Canada
On vous informe que vous devez -rembourser un montant d’argent d’impôt, et que vous serez arrêté par un policier si vous ne payez pas immédiatement ? Raccrochez. Aucun organisme -gouvernemental ne procède ainsi ni ne formule de telle demande.
Arnaque du grand-parent
Un membre de votre famille (ex. : -petit-fils) invoque un besoin d’argent urgent en raison d’un accident d’auto, d’une détention, d’une hospitalisation ou autre ? Vous ne devez surtout en glisser mot à personne ? N’envoyez pas d’argent dans l’immédiat. Validez l’histoire qui vous est présentée, et l’identité de la personne avec qui vous communiquez en appelant un autre membre de la famille ou des amis. Vous pourriez être en présence d’un fraudeur.
Arnaque du faux policier
Vous devez rembourser de prétendus constats d’infraction impayés ? Vous êtes menacé d’arrestation si vous refusez de fournir votre numéro de carte de crédit, ou d’acheter des cryptoactifs ? Refusez. Raccrochez au nez de ces fraudeurs.
Vous doutez quand même ? Prenez un moment de recul. N’envoyez pas d’argent. Ne transmettez aucun renseignement personnel ou bancaire. À partir d’une source sûre, retrouvez le numéro de téléphone officiel de l’organisme présumé. Par la suite, appelez-le, et vérifiez la validité de la demande qui vous est adressée. Dénoncez l’incident auprès du service de police qui dessert votre municipalité. -Sûreté du Québec : 9-1-1 ou *4141 sur votre cellulaire.
Source : Sûreté du Québec
